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CERJ LALONDE |
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SELECTED ARTIST'S WRITING
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ADDITIONAL
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LOUISE DUFOUR UNE ÉCRIVAINE CHEZ LE PEINTRE. 1991
Tableau 1
L’homme qui a peint ce tableau Ne savait pas ce qu’il faisait.
Lorsqu’il m’a entaillé le bras Pour y prendre le rouge, Mes dents ont presque mis en pièces Son cœur blanc.
Il n’a pas réagit N’a-t –il pas conscience de la mort? N’a-t-il pas conscience de la vie?
Mes yeux ont observé sa face de guerrier : Il est pure pulsion Il vit, il meurt dans l’équanimité
Que doi-je faire? Je ne veux plus le tuer. Ni demeurer Avec lui à l’infini dans l’insondable.
Ma conscience s’est révélée : Je vais sans répit parler de lui.
Mon sang a giclé dans sa veine Ma poitrine abrite son cœur vivant.
Tableau 2
C’est pourquoi c’est vous
Il est atteint de logorrhée / elle est frappés de stérilité C’est pourquoi c’est vous qu’ils observent
Il sait tout et le lui dit / elle lui affiche son mystère C’est pourquoi c’est vous qu’ils observent de dos
Il est assis sur le trône pour penser / elle est haute et noble pour poser C’est pourquoi c’est vous qu’ils observent de dos en train de marcher
Il explique tout après le fait / c’est elle qui lui fournit les faits C’est pourquoi c’est vous qu’ils observent de dos en train de marcher dans la lumière
Il sonne la clochette pour appeler / elle tire la chevillette pour élire C’est pourquoi c’est vous qu’ils observent de dos en train de marcher dans le vide
Lui : Que font-ils? Elle : Des miracles. Ils font des miracles…
Tableau 3
Il est venu. Il étais juste là, au creux de mon bras. Les cheveux épars dans la brise sèche, Le visage tendu, avide de mon souffle tiède. Les yeux clos, il dormait.
J’ai glissé mon pouce le long de sa peau Pour l’attendrir et la coussiner. J’ai nettoyé tous ses tuyaux. Ils ont donné des bruits de clarinette, de flûte et de hautbois. Même de gros trombone. Ho! Ho! J’ai aussi entendu l’Ocarina… C’est très rare. C’était troublant, c’était la première fois… J’ai pris sa tête entre mes doigts, J’ai versé sur lui l’ars mélodica… Pour le rendre meilleur - c’est lui qui le souhaite.
Je l’ai bercé un peu plus longtemps que de coutume. J’ai souri à la pensée de tous ses désirs. Je me suis tant attendrie Sur sa candeur d’homme batailleur Que j’en ai ri jusqu’au hoquet! Il a sursauté dans son sommeil, dérangé. Je l’ai redéposé sur son nuage. Je suis si près du soleil, mon ange. Il te faut rentrer maintenant.
Un jour, il comprendra. Oh, qu’il ne se presse pas pour moi! Il est si beau vu d’en haut…
Tableau 4
Il a prit son cyborg Et le concentra droit sur Détroit Il dévia sur la côte est Vers la mer
Anna…
Il a prit son cyborg Et le concentra droit sur Détroit Il atteignit la Place Bleue Un ballon rouge passa au-dessus de lui Il suivit sa trajectoire jusqu’en périphérie
Anna…
Il a prit son cyborg Et le concentra droit sur Détroit Il retrouva la Place Bleue Suivit le gyrocompas vers le nord La pluie se mit à tomber Ils coururent se réfugier en riant
Anna…
Il a prit son cyborg Et le concentra droit sur Détroit À l’intérieur du lieu Il se plaça sous le distillateur Elle le lava sous la douche Avec du savon au parfun de magnolia Elle prit son cyborg entre ses mains Et fit mine de lui montrer son ventre plein
Anna…
Il a prit son cyborg Et le concentra droit sur Détroit Le distillateur d’expérience Vaporisa sur lui l’eau la plus pure qui soit Elle instilla en lui la vision de la Grande Glace Il quitta Détroit à la faveur du matin L’eau lui avait fait cadeau de la lucidité Il savait qu’il avait aimé Anna De l’amour le plus pur qui soit.
Tableau 5 (à Catherine, alors 5 ans, fille de Cerj Lalonde)
« C’est un cygne au long cou », pointa-il. « C’est un signe au long cours », mémorisa-t-elle.
Elle l’élève. Tellement il l’aime Elle s’élève. Tellement elle l’aime.
Je mange de la crème glacée noire, dit-elle. Elle est brune, corrigea-t-il Non, noire, affirma-t-elle. Noire comme un mot.
Elle l’élève. Tellement il l’aime Elle s’élève. Tellement elle l’aime.
Je vais prendre la route, murmura-t-il. Je dois vendre. Il faut beaucoup d’argent, invoqua-t-elle. Je vais t’attendre, promit-elle.
Elle l’élève. Tellement il l’aime Elle s’élève. Tellement elle l’aime.
Elle prit soin de la chenille et du cocon « Le papillon est à moi » opposa-t-elle à la ligue. « Le papillon est à elle d’abord », débattit-il devant la ligue. « Le papillon est à moi et je le rend à sa vie », résolut-elle.
Elle l’élève. Tellement il l’aime Elle s’élève. Tellement elle l’aime.
Je veux vivre toujours avec toi, lança-t-elle. Tu es amoureuse, tu es en vie, approfondit-il. Quand je serai grande, je ferai un bébé, entrevit-elle. Je serai grand-père quand tu seras grande, approuva-t-il.
Elle l’élève. Tellement il l’aime Elle s’élève. Tellement elle l’aime.
N’est-ce pas un grand signe tout blanc qu’on voit là-bas? Invoqua-t-elle Je suis au bout de ma route, pensa-t-il. Je suis fière de toi, promit-t-elle Je vais t’attendre murmura-t-il.
Tableau 6
Je tiens bon mais pour combien de temps? Je pourris en terre, misérérée! Je suis si seule… J’appelle les anges du ciel. Vers qui d’autres me tourner. Le sombre soleil d’antan est jaloux et me recouvre. Je ne vois autour de moi que des génies-moines. Je les approche et, comme des oiseaux, ils me fuient…
Pourquoi pleures-tu tes amours? Remonte. Le sol est meuble et frais.
Je suis debout devant l’horizon. Mes pieds calent dans la mousse. L’aurore caresse ma peau. J’entends un roulement de tambour au loin… Il déboule la plaine et fond sur moi Avec la force d’une foule en révolte. Il me pousse en avant Je ne peux concevoir sans elle. Chaque fois que l’on crée, faut-il donc que l’on tue? Un crie sort de moi. Grâce au ciel, c’est un Hosanna.
Je suis délivré de la postérité. Comme des oiseaux, les génis-anges bordent mon chemin. Un enfant s’annonce : il est rude et vigoureux, il est rouge, il est jaune, il est vert, parfois bleu…
Tableau – 7
Ta muse est immortelle maintenant Comme, à la chasse, la biche
Tu touches La texture de l’infini
Tu glisses Dans la gaine du temps Tu irradies La couleur originelle
Tu t’enfonces Dans l’éternité
Ta muse est immortelle maintenant Comme, à la chasse, la biche
Tu touches Sa peau s’excite
Tu glisses Son sexe répand l’oing
Tu irradies Elle veut la brûlure
Tu t’enfonces elle te garde en vie
Ta muse est immortelle maintenant Comme, à la chasse, la biche
Tu touches la texture de l’infini Tu glisses dans la gaine du temps Tu irradies la couleur originelle Tu enfonces dans l’éternité
Ma peau s’excite, mon sexe répand l’oing, je veux la brûlure, je te garde en vie
Ta muse est immortelle maintenant Comme, à la chasse, la biche Ta muse est immortelle maintenant Comme, à la chasse, la coupe d’or...
Je te laisse ces poèmes inspirés des sept tableaux exposés. Mets-les dans ton cimetière d’amoureuses. Je désire être enterrée à côté de Manon. C’est ma préférée.
Ton désir est de rester seul, Alors je me retire.
Mes textes, ils sont la consécration De ta puissance d’artiste et d’homme.
Je suis stupéfaite de la beauté et de la force De ce que tu m’as inspirée J’en suis encore toute amoureuse.
Quand un homme nous féconde ainsi, C’est normal de vouloir le montrer. Quand un homme nous féconde ainsi, On s’en fiche de le montrer…
Louise Dufour 1991
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